L'hallali

Categorie : Texte

Milieu de nuit

Je fais semblant de ne pas comprendre l’ironie et t’embrasse avec envie.

Au piano de Saint-Lazare

Il se passe souvent un truc, la nuit dans la grande ville, derrière un piano. Ce truc n’a souvent pas de mot, ce truc n’a souvent pas de geste. Il a le bruit des frontières que l’on traverse, il a le goût des amours que l’on oublie. Il est bleu et mélancolique, grège et doux […]

Pause

Il y en a un qui m’enveloppe et l’autre qui me transperce. C’est toujours une erreur stupide que de se retrouver seul avec quelqu’un qu’on n’aurait pas du aimer.

Nouveau mot

En psychiatrie, une apophénie est une altération de la perception, qui conduit un individu à attribuer un sens particulier à des événements banals en établissant des rapports non motivés entre les choses. Tout lui parait avoir été préparé pour lui : pour tester s’il remarque ces bizarreries, etc. En psychologie jungienne, l’apophénie est à rapprocher […]

A la sortie de la nuit 

- Sur une échelle de sardine à baleineau, j’suis à combien ? – T’es à thon rouge, c’est une évidence.

A toi

Tu bouges beaucoup. Tout le temps. Combien de temps met-on à s’approprier les mots de la grossesse ? Ou sont-ce les mots des autres ? Combien de temps faut-il pour réussir à prononcer “c’est merveilleux”, “je me sens transformée”, “félicitations à moi, à toi, quel bonheur indicible” ? Les boîtes roses et les courriers de […]

Echographie

Ton profil me calme et c’est vrai que ça tourne moins quand je te regarde. Moi, un poil négative déjà. Enfin tu sais, j’ai aussi des qualités.

Rainbow baby

Je n’ai pas aimé, d’abord, cette appellation pour toi. Rainbow baby de quoi, et puis cela rappelait tant notre rendez-vous raté d’avec ton frère ou ta sœur imaginaire, cet hiver maudit durant lequel j’ai été enceinte, et puis plus. “Vous allez faire une fausse couche tranquille chez vous. Et si rien ne s’est passé d’ici […]

Un silence assourdissant

Ce matin-là, un œil ouvert, puis l’autre, un pied à terre et cette pensée,  immédiate : “c’est vide”. Une main sur le ventre : “existes-tu, toi ?”. Mes seins tirent encore, mais peut-être un peu moins. Cela fait trois jours que je n’ai plus envie de vomir, pleurer et m’effondrer face à une assiette de […]

35 ans

Préface nouvelle Le fossé s’est encore agrandi, un fossé de trente-cinq ans à présent. Et l’Asie continue son mouvement, sourd et secret en moi, large et violent parmi les peuples du monde. Henri Michaux 1967

Prise de tête

J’ai souvent lu des histoires de fumées bleues, de caféine qui gonfle le coeur. Je passe ce dimanche sur mon balcon, ville pluvieuse ; il fait jour depuis pas si longtemps, j’ouvre une bière et m’arrache la gorge avec une cigarette. Je pense à l’Inde, trois ans presque que je ne pense qu’à ce pays et autant sans […]

My lady story

Dix-huit heures en Inde. Ma première journée à Bombay se fondait dans la circulation chaotique, le front collé à la vitre de ce taxi fou, déjà enchaînée probablement, j’allais quelque part sans savoir où, enfin l’important c’est que j’allais prendre un bus, voilà, ce serait ma première étape. Mon sac dépassait de ma queue de […]

Night life

Il faudrait vous voir, sautillant sur le sable caillouté qui rentre un peu dans les sandales, ça picote sous l’orteil et salit les ongles peints, un nuage de poussière se forme stroboscope tac tac et machine à fumée en pleine nature. Vous remuez vos hanches au rythme de cette diablesse de musique, vous souriez vous […]

Plouf.

A quel moment ce que je pensais aimer faire est-il devenu l’objet d’un ennui sévère ? (j’aime bien ce mot, « sévère », à chaque fois que je l’utilise je repense à une phrase de Bobin : « L’amour que je vous porte est sévère ». On n’imagine pas un amour sévère, ou alors il serait comme […]

Archive.

17 mars 2011, 4h21, retour de Las Brisas, Costa Rica « Mejor una rubia » « You’re way too cute to smoke » Las Brisas, le bar de tous les possibles, dont le désormais célèbre « Tu viens dans mon jacuzzi ? » (non), par contre je veux bien aller m’époumoner sur Stromae qui justement hurle à côté. ¡ SALSA CABRON […]

A propos de “nous”

Mot du jour : hypernuit. Ce matin : hyperpluie… La chaleur asniéroise remplit ma poitrine entière. Je suis aimantée, comme après le darshan d’Amma en février, dans son ashram tout rose d’Inde du Sud. (Elle me prend dans ses bras, pose sa main sur mes cheveux et répète comme un mantra “ma chérie, ma chérie” […]

A propos de S.

S. (dont le corps est suant de lumière), m’attire tous les matins dans son cou sombre comme l’enfer et doux comme la paume du diable. La bouche souple mais inerte, les yeux clos, mon amour feint le sommeil et oppose sa peau blanche au gris du dehors. Sortir ? L’absurdité du propos invite à se déchausser, à […]

Echo d’adolescence

Aqua-question

Peut-on avoir du charisme lorsque l’on défend l’eau tiède ? La question tourne en rond depuis quelques jours, pendant que je touille un pinceau tout neuf au fond d’un pot d’eau froide.

Terminons 2013.

“Des orages intérieurs zèbrent d’éclairs sa colère.”

Retour en Inde

Bientôt, je reverrai les toits de Mumbai. L’émotion qui suit l’achat du billet d’avion n’est rien comparée à celle du lendemain (vérité digérée) – nous partons, je repars, c’est réel. J’écrivais cette même phrase sur un cahier jauni l’année dernière tout pile, salle d’embarquement Roissy vol 21h30 Air India – “je repars”, et pour la […]

“Revenue de toute force d’être allée nulle part…”

J’ai surtout lu un bouquin très ennuyeux au début, et absolument passionnant dans ses dernières pages : “Qu’à la lumière de sa conscience chacun décide des actes quotidiens propres à susciter en lui le courage et l’amour, à le rendre non-violent en pensées, en paroles et en action.” Plus joli à lire qu’à faire ! […]

Souvenir d’été

Pour bien faire, il faudrait vraiment que je retrouve qui a dit ça : “Je ne vous rejette certes en rien, je mesure plutôt combien j’ai grandi. J’adore, mon père, vos cheveux gris mais… il me faut peigner les miens.” J’avais lu ces lignes à Kovalam, en Inde, un village de plage niché au bas […]

Le joli monsieur

Ce matin, les yeux encore collés de la nuit trop courte, une jupe pour être jolie, l’une des places à quatre et la dernière page du livre Parias qui me laissait un vague goût de tristesse dans la bouche. A la station Bourse, alors que je rassemblais mes affaires et mes idées pour aller travailler, […]

High five

Au plein cœur de cet ennui aoûtien, je dors de plus en plus tard, me réveille si tôt. La nuit n’est plus, le jour n’est pas encore, je me retourne souffle et peste, je fais quatre fois le tour de ma chambre, le ventre tire l’oreiller déconne, ce n’est même pas une histoire de température […]

Plus tout à fait l’aube, pas encore la guerre

Je me souviens des dégoûts qu’on avait, à la sortie de l’enfance, de tous ces grands sans lueur ni rêve qui nous assommaient d’interdits. On les trouvait d’un fade sans nom, on crachait sur leur vie sans saveur et on jurait, avachis dans une piaule à fumer nos premières cigarettes que jamais, jamais nous ne […]

Aux amours qui finissent sans rien finir du tout

Soir, pluie. Sous un porche vert bouteille, le dos contre le mur froid, les pieds abîmés d’avoir couru, cheveux ruisselants et halètement d’une course contre soi l’alcool en tête ; le téléphone en main qui fait plisser les yeux, tape tape un texte infini de souvenirs probablement inventés, d’une histoire sûrement rêvée, autrement ça n’existe […]

Trop de matins, pas assez de nuits

Bleu, rouge, bleu, rouge sur son front son nez sa bouche ; un pied qui tape, une cigarette, son regard précis sur les pieds à paillettes des filles qui dansent, pop pop pop, la chemise de l’homme manches relevées, un bouton défait les cheveux humides une goutte de sueur, il semblait heureux triste ou indifférent […]

Feu, brûle ; banane, fais des bulles

Un nom de ville impossible. Deux versions suivant l’époque, des h partout, aspirés et soufflés, des r qu’on roule tout doucement, dans le fond de la gorge et sans dureté, des r à gargarismes qui dodelinent du haut du crâne, la poussière au sol, les vaches sur le sable, un deux cent cinquantième temple derrière […]